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Les américanistes par leur ex-libris

Edward Everett Ayer (1841-1927)

Le magnat et bibliophile Edward Everett Ayer est surtout connu pour ses collections de livres et de manuscrits originaux sur l’histoire et l’ethnologie des Amérindiens et de l’époque coloniale qui furent donnés à la Newberry Library et au Field Museum of Natural History de Chicago, ce dont témoigne l’ex-libris apposé sur les livres de la collection.

Karl Hermann Berendt (1817-1878)

Pour ses activités scientifiques, Karl Hermann Berendt rassembla une importante collection d’ouvrages imprimés et de manuscrits sur les langues mésoaméricaines et les dialectes et en copia d’autres à partir d’originaux.

Sa collection fut acquise par Daniel Brinton, à l’exception de quelques livres de peu de valeur, qui ont été vendus aux enchères à Londres en 1869. A la mort de D. Brinton, la bibliothèque entra dans les collections du musée de l’université de Pennsylvanie (aujourd’hui bibliothèque de l’université de Pennsylvanie)1.

Hermann Berendt semble ne pas avoir apposé d’ex-libris sur ses manuscrits. Ceuix qui se trouvent au sein de la Berendt-Brinton Linguistic Collection ne présentent que le tampon de Daniel Garrison Brinton.

Charles Étienne Brasseur de Bourbourg (1814-1874)

L’ex-libris de Charles Étienne Brasseur de Bourbourg porte la devise Ex Collectione Americana / Domini Brasseur de Bourbourg2.

Il représenterait un plateau aztèque selon Germaine Meyer-Noirel qui le référence sous le numéro BRASSEUR B.2228 dans son ouvrage3. En réalité, l’ex-libris s’inspire du but de jeu de balle maya auquel il manque l’attache. Il copie le but du jeu de balle du site archéologique de Chichén Itzá.

Marcador de juego de pelota, Chichén Itzá © Foto: INAH
Marcador de juego de pelota, Chichén Itzá © Foto: INAH. https://inah.gob.mx/foto-del-dia/6322-marcador-de-juego-de-pelota-chichen-itza
But en situation sur le site de  Chichén Itzá.
Diego Delso, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
But en situation sur le site de Chichén Itzá.
Diego Delso, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

John Carter Brown (1797-1874)

L’importante collection de livres de John Carter Brown forme désormais la base de la John Carter Brown Library à l’université de Brown qui compte quelques 50000 livres rares, cartes et manuscrits sur l’Amérique en plus de deux cents langues. Son ex-libris porte ses armes : un chevron accompagné de trois gambes de lion, au chef un aigle déployé, un cimier à tête d’aigle effacée et la devise « GAUDEO » (Je suis heureux)4.

Alfonso Caso (1896-1970)

L’ex-libris de l’archéologue mexicain Alfonso Caso y Andrade (1896-1970) fut l’œuvre du peintre et graveur Francisco Díaz de León (1897-1975). Il portait la devise : « Saber para creer, creer par amar » (Savoir pour croire, croire pour aimer).

Joaquín Cortina Goribar (1906-1991)

Après avoir entamé ses études à Mexico, les avoir poursuivi à Hernani au collège jésuite français du nord de l’Espagne, Joaquín Cortina Goribar les termine à l’université de la Sorbonne à Paris, où il étudie la philosophie et les lettres. Ayant obtenu un diplôme d’avocat de la faculté de droit de Mexico, il étudie l’archéologie à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire de Mexico. À l’Institut national d’anthropologie et d’histoire, il a occupé le poste de directeur de la diffusion culturelle et des publications, ainsi que celui des relations publiques et du protocole.

Bibliophile dès son plus jeune âge, son ex-libris représente un frère franciscain ou dominicain dans sa bibliothèque étudiant un manuscrit à la loupe.

Sol Eisen (1898-1974)

L’ex-libris du bibliophile Sol Eisen (1898-1974) le représente dans une vignette avec son nom inscrit dans un livre en-dessous. Le texte « Americana, Mexicana, Canadiana, Incunabula » entoure la vignette. Sol Eisen fut un avocat de Toronto (Canada), collectionneur de livres rares spécialisé dans les ouvrages américains, mexicains, canadiens et anciens. La collection canadienne de Sol Eisen a été donnée à l’Université de Waterloo en 1992. Le fils de Sol, Morton Eisen, donna des livres concernant l’histoire de l’Église aux Archives de l’archidiocèse catholique romain de Toronto.

Sol Eisen

Génaro Garcia (1867-1920)

L’historien mexicain Génaro Garcia5 constitua une bibliothèque de plus de 25000 pièces qui fut acquises en 1921 par l’université du Texas à Austin.

Son ex-libris, une sorte de chimalli (bouclier) traversé de deux flèches donne à voir la représentation du dieu Quetzalcoatl issue de la Seconda novissima editione delle imagini de gli dei delli antichi de Vincenzo Cartari et Lorenzo Pignoria6 et la devise « Saber para obrar » (Savoir pour agir).

Cartari, Vincenzo ; Pignoria, Lorenzo, Seconda Novissima Editione Delle Imagini De Gli Dei Delli Antichi Di Vicenzo Cartari Reggiano, Padua, 1626, p. 557. Disponible sur Internet, url : <https://doi.org/10.11588/diglit.4196#0603>.

Daniel Garrison Brinton (1837-1899)

L’ethnologue mésoaméricaniste Daniel Garrison Brinton (1837-1899) posséda une importante bibliothèque comprenant plus de 4500 documents issus notamment de la collection de manuscrits dans les langues indigènes du Mexique et de l’Amérique centrale constituée par Carl Hermann Berendt, Charles Étienne Brasseur de Bourbourg, Alphonse Pinart, ou encore Henry C. Murphy et formant aujourd’hui le noyau de la bibliothèque d’anthropologie de l’université de Pennsylvanie.

Il apposait son ex-libris par un cachet humide :

Auguste Genin (1862-1931)

L’explorateur, anthropologue, collectionneur et industriel Auguste Genin (1862-1931), né et mort à Mexico, possédait un ex-libris représentant une scène de mexica adossé à la pierre de Tizoc, le tout encadré de deux serpents à plumes Quetzalcóatl stylisés se faisant face.

Louis Luis González Obregón (1865-1938)

L’historien et bibliophile Luis González Obregón

Walther Lehmann (1878-1939)

L’ethnologue allemand Walther Lehmann semble n’avoir possédé qu’un ex-libris des plus élémentaires, permettant de donner un numéro d’ordre à sa bibliothèque, ce qui laisse à supposer qu’il maintenait un catalogue de sa collection.

Nicolás León (1859-1929)

Le médecin mexicain Nicolás León (1859-1929) fut aussi linguiste, bibliographe, membre de la Société philologique de France, de la Société de géographie commerciale de Paris, de la Sociedad mexicana de geografía y estadística, etc. Il est l’auteur d’un article sur sa collection d’ex-libris, paru dans le tome 5 des Anales del Museo nacional de arqueología, historia y etnología7 dans lequel il publie plusieurs de ses propres ex-libris.

L’un des plus “américanistes” figure un maya dans un cartouche de glyphe avec la devise : « Colligo ex hoc » [j’en déduis] et le texte : « Ex-libris Doctoris N. Leon. »

Ex libris N. León

Un autre a pour texte : « Ex-bibliotheca medica Dr. N. León » et sur une main des mystères qui a remplacé les mystères par des yeux ouverts porte la devise « Vigili Labore [travail vigilant] N[icolas] L[eón] M[éxic]o » :

Ignacio Márquez-Rodiles et Naya Garci Crespo

L’historien Ignacio Márquez Rodiles (1910-2001) et son épouse Naya Garci Crespo se firent réaliser un ex-libris commun représentant un oiseau à la façon des sceaux préhispaniques.

Zelia Nuttall (1858-1933)

L’ex-libris de la célèbre américaniste Zelia Nuttall représente le porche d’entrée de sa résidence sise à Coyoacan, Mexico : la Casa Alvarado – également connue comme La Quinta Rosalía -, où elle décéda le 12 avril 1933.

Il s’agit d’une construction du XVIIIe siècle aux influences andalouses et mauresques, classée monument historique le 27 avril 1932. Elle doit son nom à une légende selon laquelle le conquistador Pedro de Alvarado (vers 1485-1541) y aurait vécu. En réalité, c’est l’archéologue Zelia Nuttall qui a laissé prospérer cette légende et fait apposer la mention « Casa de Alvarado » au-dessus de la porte, bien qu’elle ait retrouvé le premier acte de propriété, rédigé en nahuatl et daté du 5 octobre 1713. Aujourd’hui siège de la Phonothèque nationale du Mexique, elle fut aussi la résidence d’Octavio Paz.

La Quinta Rosalía, Coyoacán, “El Mundo”, octobre 1899

Alphonse Pinart (1852-1911)

L’ex-libris d’Alphonse Pinart8 représente un soleil levant sur une mer ondée et portant la mention latine reprise de celle de la Société de l’Athénée oriental : Sol Oriens Discutit Umbras, soit : « Le soleil levant disperse les ombres »9.

Ricardo de Robina

L’ex-libris de l’architecte Ricardo de Robina10 représente une église coloniale datée de 1555 entourée des traces de pied habituels des manuscrits précolombiens.

Luis Valera y Delavat (1870-1926)

L’ex-libris de l’écrivain et diplomate Luis Valera y Delavat, fils de l’écrivain Juan Valera y Alcalá Galiano (1824-1905), porte pour devise un extrait de Virgile que l’on retrouve aussi dans les Évangiles : “Pusilli cum Majoribus” [Les petits avec les aînés].

Ce bibliophile a possédé l’ex. n° 22 du fac-similé Códice Maya denominado Cortesiano, que se conserva en el Museo Arqueológico Nacional (Madrid). Reproducción fotocromolitográfica ordenada en la misma forma que el original, 1892, un exemplaire de Gouierno general, moral y politico, hallado en las fieras y animales syluestres : sacado de sus naturales propiedades y virtudes : con particular tabla para sermones varios de tiempo, y de Santos, 1680, mais aussi un exemplaire des Versos d’Alberto Navarro Viola offert par l’auteur à son père.

Pour aller plus loin

  • Teixidor, Felipe (1895-1980), Ex libris y bibliotecas de Mexico, México : Secretaría de relaciones exteriores, 1931, 1 vol. (XXXV-550 p.-[7] p. de pl.) ; 20 cm. – (Monografías bibliográficas mexicanas ; 20).
  • León, Nicolás (1859-1929), Ex Libris Mexicanos 2, México : Ediciones Galera, 1997, 1 vol.
    “El número dos de la serie Ex Libris mexicanos, fue realizado como suplemento de La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, Núm. 10, bajo la dirección de Selva Hernández y José Lugo. El tiro fue de 1,000 ejemplares…”.
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1997, enero, n° 9, 21 p.
    Avec le n° 1 de Ex Libris Mexicanos et un article sur l’ex-libris de Frances Toor.
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1997, april-mayo, n° 12, 21 p.
    Avec le n° 4 de Ex Libris Mexicanos et un article sur le graveur d’ex-libris Francisco Díaz de León (1897-1975).
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1997, junio, n° 13, 21 p.
    Avec le n° 5 de Ex Libris Mexicanos
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1997, agosto, n° 15, 21 p.
    Avec le n° 7 de Ex Libris Mexicanos
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1997, octubre, n° 17, 21 p.
    Avec le n° 9 de Ex Libris Mexicanos
  • La galera : boletín que navega por las librerías de viejo, 1998, n° 22, 21 p.
    Cf. l’article sur l’origine des ex-libris des bibliothèques mexicaines.
  • Linares Aviña, Anaid, Sergio Sánchez Santamaría, Hacedor de exlibris, Ediciones Ático, 2006.
  • Hernández, Selva, Ex libris mexicanos : artistas del siglo XX, Barcelona : Editorial RM, 2000, 1 vol. (145 p.) ; 27 cm. ISBN 978-968-5208-03-1 : 85 EUR

Notes

  1. Voir : « Berendt-Brinton Linguistic Collection », url : <https://www.library.upenn.edu/collections/notable/berendt-brinton-linguistic>. []
  2. Voir : Olivier Jacquot, « Sol Oriens Discutit Umbras : l’ex-libris d’Alphonse Pinart », Amoxcalli, 16 décembre 2022. Disponible sur Internet, url : <https://doi.org/10.58079/b3tx>. []
  3. Meyer-Noirel, Germaine (1919-2008), Répertoire général des ex-libris français des origines à l’époque moderne. 3, Bi-Bu : 1496-1920, [Tomblaine] (3 Av. de la République, 54510) : G. Meyer-Noirel, 1991, p. 135. []
  4. Voir à ce terme les différents fers employés par John Carter Brown pour apposer ses armes sur ses reliures, sur le site des British Armorial Bindings, url : <https://armorial.bibsoc.org.uk/mottoes/g.html>. []
  5. Voir Rivet, Paul, « Genaro Garcia », Journal de la Société des Américanistes, 1921, Tome 13, n° 1, p. 127-129. Disponible sur Internet, url : <https://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1921_num_13_1_2910>. []
  6. Cartari, Vincenzo ; Pignoria, Lorenzo, Seconda Novissima Editione Delle Imagini De Gli Dei Delli Antichi Di Vicenzo Cartari Reggiano, Padua, 1626, p. 557. Disponible sur Internet, url : <https://doi.org/10.11588/diglit.4196#0603>. []
  7. « Ex-libris de bibliófilos mexicanos, colección formada por el dr. Nicolás León y continuada e ilustrada con notas biográficas por Juan B. Iguíniz », Anales del Museo nacional de arqueología, historia y etnología, 1913, p. [67]-124. Disponible sur Internet, url : <https://www.mna.inah.gob.mx/docs/anales/344.pdf> ou <https://revistas.inah.gob.mx/index.php/anales/article/view/6873/7716>. []
  8. Voir : Olivier Jacquot, « Sol Oriens Discutit Umbras : l’ex-libris d’Alphonse Pinart », Amoxcalli, 16 décembre 2022. Disponible sur Internet, url : <https://doi.org/10.58079/b3tx>. []
  9. L’ex-libris est référencé Meyer-Noirel, P1264 dans : Meyer-Noirel, Germaine, Répertoire général des ex-libris français des origines à l’époque moderne : 1496-1920. Tome XVI, Pi-Pz. Q-Ra, Tomblaine : G. Meyer-Noirel, 2007. []
  10. Xavier Cortés Rocha, « Ricardo de Robina : arquitecto, arqueólogo y académico », Bitácora Arquitectura, 2011, n° 10, p. [14]-19. DOI: <https://doi.org/10.22201/fa.14058901p.2003.10.26371>. []
Olivier Jacquot
Olivier Jacquot
Chargé de collections : manuscrits des fonds américains, Service des manuscrits du monde (SMO), département des Manuscrits (MSS), Bibliothèque nationale… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Olivier Jacquot (14 juillet 2025). Les américanistes par leur ex-libris. Amoxcalli. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14cbi


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1 réponse

  1. 05/09/2025

    […] Découvrir le billet d’Olivier Jacquot […]

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