Document : Nécrologie d’Eugène Boban
En juin 1908, la revue L’Homme préhistorique, publiait une nécrologie d’Eugène Boban1.
Les notes sont de notre fait.
Nécrologie
Eug. Boban
Eugène Boban-Duvergé est mort le 2 mai dernier, à l’âge de 74 ans2.
Pris d’une vive passion pour les antiquités américaines pendant un séjour qu’il fit au Mexique, il y rassembla des collections fort importantes, dont une partie occupe actuellement une place d’honneur au Musée d’ethnographie du Trocadéro, sous le nom de Collection Pinard3.
A son retour en France, Boban avait installé ses récoltes dans un magasin de la rue Du Sommerard, transformé en un véritable musée, que visitèrent avec profit tous les préhistoriens. Puis aux objets américains qu’il possédait, vinrent s’ajouter des séries préhistoriques européennes très complètes.
Par les catalogues, les tableaux4 et les notes qu’il a publiés, tant en langue française qu’en langues espagnole et anglaise, il a puissamment contribué à répandre d’utiles connaissances sur la préhistoire de l’Europe et de l’Amérique.
On lui doit également un grand ouvrage, paru en 1891, sous le titre de : Documents pour servir à l’histoire du Mexique, et contenant une description de la Collection Eugène Goupil, formée et classée par lui.
Tous ceux qui ont connu Boban, savent que ce n’est pas sans chagrin qu’il se décida à disperser les nombreux matériaux qu’il avait patiemment réunis.
Peu avant sa mort, devenu presque sourd et presque aveugle, il songea à se séparer des très intéressantes collections préhistoriques, et ethnographiques qui lui restaient ; il fut heureux de les céder en totalité à notre excellent collègue Charles Schleicher5.
Au contact journalier des innombrables documents qui lui passèrent dans les mains, Boban avait acquis un très réel savoir. Il était un des hommes ayant, en France, les connaissances les plus sûres en matière d’archéologie américaine. Son incontestable compétence l’aurait mis à même de faire sur ce sujet des leçons bien autrement sérieuses et instructives que celles que professe le Dr Capitan6, qui pourra du reste, en glanant dans les papiers laissés par le regretté défunt, trouver de quoi relever un peu son enseignement.
Notes
- « Nécrologie. Eug. Boban », L’Homme préhistorique, juin 1908, n° 6, p. 188. Disponible sur Internet, url : <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61019478/f28.item>. [↩]
- Eugène Boban est né le 11 mars 1834 à Paris 10e et est décédé le 2 mai 1908 à Paris, 14e. [↩]
- Sic pour Alphonse Pinart. Voir : Rousselot, Jean-Loup, « La collection d’Alphonse Louis Pinart, Alaska, 1871-1872 », Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, 2001, n° 29, p. 87-100. DOI : https://doi.org/10.3406/gradh.2001.1251. Disponible sur Internet, url : <https://www.persee.fr/doc/gradh_0764-8928_2001_num_29_1_1251>.
On se demande pourquoi les collections d’E. Boban porteraient le nom de Pinard/t. [↩] - Il s’agit de tableaux tel celui que Charles Schleicher (1871-1943) donna au musée de la Société préhistorique française : « Un tableau sur lequel sont fixés tous les modèles de pierres à fusil et à briquet que l’on taillait encore, il y a quelques années, dans les environs de Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher), ainsi qu’un nucléus et des lames de dégagement. » Voir : Bulletin de la Société préhistorique française, 1927, tome XXIV, n° 10, p. 353. Disponible sur Internet, url : <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5490642v/f15>. [↩]
- Charles Schleicher (1871-1943) et son frère aîné Adolphe, éditeurs de la revue L’Homme préhistorique dirigée par Chervin et Adrien de Mortillet se prirent de passion pour la préhistoire au point que Charles devint membre fondateur de la Société préhistorique de France. Les deux frères acquirent l’importante collection de pièces préhistoriques d’Eugène Boban. Charles en publia le catalogue : Schleicher, Charles, Comptoir d’archéologie préhistorique : catalogue général, âges de la Pierre, du Bronze, du Fer, Paris, 1908, 1 vol. (123 p.).
Voir la nécrologie de Charles Schleicher : Gaudron, G., « Charles Schleicher 1871-1943 », Bulletin de la Société préhistorique française, 1943, tome 40, n° 7-8-9, p. 138-145. Disponible sur Internet, url : <https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1943_num_40_7_4968>.
« Charles Schleicher a fait don à la Société de sa magnifique collection et des cinquante tiroirs qui la contenaient.
Cette collection comprend une grosse partie de celle dont le Catalogue fut publié en 1908. Tous les âges y sont magnifiquement représentés par plus de 5000 pièces de choix, provenant des collections de l’Abbé Bourgeois, Lartet et Christy, Massenat, de Vibraye, Eugène Boban, Emile Collin, du Charabon, Gaberel, etc., etc. Peu de Musées possèdent une aussi riche collection.
A cette occasion, M. le Président a donné lecture d’une lettre de M. Charles Schleicher, datée du 24 mars 1913, par laquelle notre collègue l’informe qu’il a fait don, au début du mois, de cette importante collection de silex de toutes les époques du paléolithique et du néolithique, ainsi que des meubles (plus de 50 tiroirs) pour les contenir.
Presque toutes les stations classiques, représentées dans cette collection, depuis le Thenaysien (abbé Bourgeois) jusqu’au Moyen Age. Il у а des pièces de Chelles, de Saint-Acheul, du Moustier, de La Madeleine (silex et os), du Néolithique, du Bronze, du Fer. Ces pièces proviennent de France, de Belgique, de Suisse, d’Angleterre, d’Italie, du Danemark, d’Egypte, du Japon, des Etats-Unis et du Mexique (obsidiennes) et faisaient partie des Collections Boban, du Chambon, Em. Collin, etc. etc.
Quelques moulages (crânes du Pithécanthrope, de Spy ; pièces magdaléniennes ; etc.) ont été ontjoints [sic] à l’envoi, qui a été installé par M. le Conservateur des Collections dans le Musée de la S. P. F. »
Voir : « Séance du 27 mars 1913 », Bulletin de la Société préhistorique de France, 1913, tome 10, n° 3, p. 133-161, cité p. 135-136. Disponible sur Internet, url : <https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1913_num_10_3_6698>.
Le musée propre à la Société préhistorique de France portait le nom de Musée J.-A. Le Bel, du nom du chimiste Jean-Achille Le Bel (1847-1930), mécène et membre éminent de la Société. Il était hébergé au siège social de la Société, au 250, rue Saint-Jacques, Paris Ve (troisième étage), qui abritait également le laboratoire et la bibliothèque de la Société. En 1913, le Conservateur des Collections était Edmond Hue, 60 rue de la Pompe, Paris XVIe, et le laboratoire et bibliothèque se trouvaient au 250, rue Saint-Jacques, Paris Ve.
Charles Schleicher semble avoir conservé des objets ou en avoir acquis après ce don puisqu’à la séance du 27 novembre 1941 de la Société préhistorique française, il présenta six « pièces en fer qui faisaient partie de la collection d’Eugène Boban ». Voir : « Séance du 27 novembre 1941 », Bulletin de la Société préhistorique de France, 1941, tome 38, n° 11-12, p. 209-220, cité p. 218-219. Disponible sur Internet, url : <https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1941_num_38_11_5531>. [↩] - L’anthropologue et préhistorien Louis Capitan (1854-1929) chargé du cours d’Antiquités américaines au Collège de France, est peu apprécié des éditeurs de L’Homme préhistorique. Créée sous la direction d’Arthur Chervin et d’Adrien de Mortillet (1853-1931), L’Homme préhistorique constitue l’organe de diffusion d’une école préhistorique héritière directe de l’orthodoxie typologique de Gabriel de Mortillet. Adrien de Mortillet, fils de Gabriel de Mortillet, était professeur à l’École d’anthropologie de Paris chargé du cours d’ethnographie comparée depuis 1889. Il succédera d’ailleurs à Louis Capitan à la chaire d’anthropologie préhistorique en 1929 : les deux hommes se trouvaient donc dans un rapport de rivalité pour la définition des cadres de la discipline. Les tensions entre les deux hommes sont attestées dans les sources de l’époque. Adrien de Mortillet affirmait que Capitan « est encore le meilleur élève de son père [Gabriel de Mortillet] et que s’il ne vaut rien, il y a une conclusion qui s’impose » — un aphorisme polémique cherchant à disqualifier Capitan en retournant contre lui l’héritage intellectuel de son maître. Voir : Hurel, Arnaud. « Chapitre 5. “Les Prussiens chez nous”, l’affaire Hauser », La France préhistorienne de 1789 à 1941, CNRS Éditions, 2007. Disponible sur Internet, url : <https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.9019>. [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Olivier Jacquot (23 mai 2026). Document : Nécrologie d’Eugène Boban. Amoxcalli. Consulté le 12 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/169l7

